Apprendre à renoncer pour mieux réussir sa vie

Par Laurence Lemoine



Renoncer, croit-on, c’est baisser les bras, se résigner. Et si c’était, au contraire, le prix à payer pour que se révèle notre véritable désir ? Petit précis de détachement positif, à travers un exemple emblématique : le travail.?


Toute avancée comporte une part de sacrifice : renoncer au confort pour vivre l’aventure, à un certain égoïsme pour faire place à l’amour, à une forme d’insouciance pour élever des enfants… Loin de représenter une amputation de notre être, « ces renoncements nécessaires », selon l’expression de la psychanalyste Judith Viorst, quoique douloureux, nous bousculent, nous allègent du superflu, nous propulsent dans l’énergie des grands engagements.

Mais pour avancer, il nous faut aussi lâcher du lest. Pierre Blanc-Sahnoun, coach d’entreprise, nous a expliqué pourquoi certains renoncements sont inévitables lorsque l’on veut s’épanouir dans son travail. « Comme dans d’autres sphères de notre vie, des exigences incompatibles sont valorisées dans le monde professionnel : il faudrait à la fois exercer un métier passion, être bien payé, travailler près de chez soi, avoir des collègues copains, être disponible pour sa famille… » C’est le syndrome « le beurre et l’argent du beurre », emblématique de nos désirs contemporains de toute-puissance. Or, la première condition pour trouver du plaisir dans l’exercice de notre tâche, comme dans toutes les dimensions de la vie, est sans doute de renoncer à tout avoir.


Illustration en quatre points.

Le contrôle

Impossible de maîtriser tous les paramètres. Il nous faut composer avec les limites de notre savoir, la disponibilité des autres, les caprices du temps ou de la technique… Renoncer à tout contrôler, c’est par exemple apprendre à refuser cette tâche supplémentaire que l’on ne saurait accomplir au mieux, ou demander de l’aide lorsque l’on se trouve bloqué sur un dossier difficile. Quitte à se laisser surprendre par le talent des autres !

Les idées toutes faites

Argent, pouvoir, célébrité ? Chacun de nous a hérité d’une certaine idée de la réussite, qui nous vient d’un mythe familial. Puisqu’elle n’est pas forgée par nos propres désirs et notre propre expérience, cette croyance nous fait souffrir, notamment en raison de son décalage avec notre réalité. Renoncer à cette représentation toute faite, c’est se détacher de la mythologie et trouver, grâce à ses propres explorations, ce qui représente vraiment un accomplissement pour soi.



Les « bonnes » décisions

Il n’existe pas « une » bonne décision et des mauvaises. En revanche, la seule véritable mauvaise décision qui soit, c’est celle de ne pas en prendre. Par ailleurs, renoncer à l’idée de « bonne décision », c’est admettre que cette dernière ne se révélera comme bonne qu’après coup. Il ne s’agit pas de se lancer dans des paris fous, mais d’admettre que l’incertitude, l’insécurité et la peur sont notre lot. Et d’accompagner sa décision, quitte à la réévaluer, tout au long de son application.



Ce qui ne marche plus

Nous avons acquis des savoir-faire qu’il nous est souvent difficile d’abandonner parce qu’ils engagent notre identité : c’est ainsi que nos maîtres nous ont transmis leur expérience, que nos modèles nous ont inspirés… Vient un moment où ces fonctionnements – qui ont pu être efficaces – ne correspondent plus au contexte. Ils deviennent alors inadéquats et gênants. Y renoncer, ce n’est pas perdre la face mais se montrer adaptable, vivant.


Trois questions à Marc de Smedt

A quoi correspond le renoncement dans le bouddhisme ?


Marc de Smedt : A la notion de « lâcher-prise ». L’esprit général de notre civilisation nous enjoint d’être « en prise » : attachement aux objets, aux gens, à notre image, au succès… Cette course folle à la consommation expose notre psychisme à la frénésie et à la frustration. Le renoncement est ce qui redonne la paix de l’esprit.


Comment s’y prendre ? Le bouddhisme préconise la méditation. L’idée est de se mettre face à soi-même, et de prendre conscience de notre tendance à nous faire un cinéma du moindre événement, du moindre mot, du moindre geste. La démarche méditative consiste à remettre les choses à leur juste place.


Quel est l’intérêt de cette réévaluation ? Elle nous donne l’occasion de constater qu’avoir faiblement prise sur nos idées, notre amour-propre, nos possessions, n’enlève rien à notre vie, mais lui redonne sa juste intensité. Cultiver le détachement, ce n’est pas devenir indifférent. C’est cesser de se crisper sur ce qui n’en vaut pas la peine pour donner plus de profondeur aux choses.









  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • White Instagram Icon
  • White Pinterest Icon
  • White YouTube Icon

© 2019 by MACLEOD -PRODUCTION - Quality - Project - Management