C'est quand le bonheur? (dixit Cali)

"Je suis pendu à vos lèvres, espérant le mot, espérant le "oui" qui sauverait ma vie

Je suis pendu au téléphone, mais qu'y a-t-il de plus moche, Mon téléphone, aphone qui sonne, et personne qui ne décroche...."


« Bonne année », « Je te souhaite le meilleur »… Nous nous sommes tous souhaité la même chose, sans savoir ce qui nous pendait au nez. La Chine paraît tellement lointaine… Comment ce minuscule virus invisible pourrait s’inviter dans nos contrées ? Et bien si, à la vitesse v v’, il nous avait rejoints. On n’a rien vu venir. Et en mars, lors du 1er confinement, c’était la stupeur générale. Stupeur, mêlée à de nombreux autres sentiments, propres à chacun : colère, tristesse, solitude, stress… Et pour certains, des sentiments plus positifs tels que bien-être, sérénité, baisse de stress…

Mais globalement, qui peut affirmer en cette fin d’année « j’ai passé une bonne année 2020 » ? Je m’avance peut-être mais je crois que personne ou presque ne le dira.



Me concernant, lors de l’annonce de mars, j’ai été partagée entre une immense tristesse pour les secteurs impactés, de la stupeur comme dit plus haut, une légère inquiétude à l’idée de passer toutes mes journées avec mes enfants, mais aussi une vraie zénitude rarement ressentie. Cela peut paraître paradoxal et pourtant c’est comme ça que je l’ai vécu. Au cours du 1er confinement, mon inquiétude m’a complètement quittée car cela a renforcé la complicité entre mes enfants et moi. Mon bien-être s’est accentué grâce aux projets naissants concernant ma maison (dans laquelle je n’avais jamais passé autant de temps), et ma tristesse était toujours là de temps en temps, mais tellement bien contrebalancée par les émotions positives.


J’ai, à ma petite échelle, essayé de soutenir les artisans et commerçants locaux. J’ai acheté des livres à un auteur voisin, des bières au patron d’un café-concert que j’adore, des sweats pour soutenir des causes, des CD d’artistes belges, des cadeaux de Noël à des indépendants, des repas à emporter dans mes restos préférés… C’est clair que ça représente beaucoup d’argent. Mais c’était important pour moi d’apporter mon soutien à des secteurs en difficulté. Et pour ceux qui n’ont pas les moyens financiers de faire ça, les partages de pages Facebook, les recommandations et les avis sont un réel soutien.



Durant l’été, pendant le déconfinement, je suis retournée dans des bars, des restos, je suis allée voir des concerts… Et autant, c’était une renaissance pour moi, autant cet été 2020 a été extrêmement difficile. Et ça se poursuit avec ce 2e confinement. Et c’est sans doute pour cette raison que je laisse glisser mes doigts sur le clavier pour vous faire part de cette année compliquée. Je ne me plains pas, je sais que c’est la même chose pour tout le monde. Mais je considère l’écriture comme exutoire. C’est une thérapie pour moi. Et j’ose espérer que ça pourrait soulager les lecteurs de savoir qu’on a le droit d’avoir le moral en berne et surtout, qu’on n’est pas seul.

Je vais donc rentrer dans les confidences. Mon année 2020 a été parsemée d’embûches, mais aussi de joies.



2020, c’était :

· Un rapprochement avec mes enfants

· Une absence de réveil pendant 6 mois (moi qui ne suis pas du matin, ça a changé ma vie)

· Une amélioration de mon habitation dans laquelle je ne m’étais jamais investie et où je me sens enfin chez moi

· Une rupture amoureuse

· Une remise en question professionnelle

· Des doutes, des doutes et encore des doutes

· Du télétravail à gogo (oui, je sais, j’ai la chance d’avoir un emploi et donc, des revenus)

· Une intervention assez lourde et douloureuse pour ma mère, donc du stress et le sentiment d’être inutile

· Une intervention pour moi aussi, bénigne, mais lourde de conséquences psychologiques (ce qui a provoqué de nombreuses heures de larmes)

· La maladie et le décès d’une amie très proche (encore des larmes)

· La maladie et le décès d’un vieil ami une semaine plus tard (encore des pleurs)

· Des confidences et des retrouvailles lors de ces dernières funérailles (toujours chercher le positif dans les situations de m…)


Tout ça c’était avant le 2e confinement… Arrivée en septembre, j’étais à bout, épuisée, et il restait 4 mois à tirer. J’étais en train de finaliser l’organisation de mon festival, sans savoir s’il pourrait se faire. Et finalement, il a eu lieu et c’était une réussite. J’ai été très fière de cet évènement. Mais toujours sur les rotules, avec beaucoup de difficultés à relativiser.


Très vite après mon festival de mi-octobre, on reconfine. Et là, je ne suis plus triste, je suis en colère ! Pourquoi ? Comment en sommes-nous arriver là ? Comment les secteurs dits « non essentiels » vont-ils faire pour survivre ? Combien de suicides d’indépendants faudra-t-il pour que le gouvernement change son fusil d’épaule ? Je constate un manque flagrant de cohérence et ça me révolte. Pour les coiffeurs, les esthéticiennes, les restaurateurs, les métiers du spectacle, et j’en passe…



Vous l’avez compris, autant le 1er confinement a été un havre de paix pour moi, autant le 2e m’est insupportable. C’est long, très long, trop long…

Mon quotidien se résume aujourd’hui à quelques mots : baisse de motivation, stress, tachycardie, insomnie, épuisement, irritabilité. C’est vraiment lourd, pour moi tout comme pour mon entourage. Je sais pourtant que je n’ai pas à me plaindre. J’ai un boulot, pas vraiment de perte de revenus, deux beaux enfants en bonne santé, je suis moi-même en bonne santé et ma famille aussi. Mais je suis juste humaine, et je pense avoir le droit de craquer, comme tout le monde.


Actuellement, j’ai juste peur pour l’avenir. Mon avenir, l’avenir de mes enfants, l’avenir des indépendants…


Alors s’il vous plaît, prenez soin de vous. Faisons la peau à ce foutu virus et reprenons notre vie normale. Cette normalité que nous n’avons pas appréciée à sa juste valeur. Débarrassons-nous du coronavirus, mais surtout, ne l’oublions jamais. Ce n’est que comme ça qu’on profitera des petits bonheurs quotidiens.



Deborah Dubois

Bookeuse et organisatrice d'évènements à l'arrêt