Chronique cinématographique #2 : Fight Club

Cette année, Fight Club fête ses 18 ans, l'occasion de revenir sur un film qui a marqué toute une génération.


L'intrigue : entre non sens, anti conformisme et anarchie

Un homme sans nom (Edward Norton) mène une existence morne et monotone où l'ennui et le désespoir font de lui un insomniaque chronique. Il parvient à trouver une solution à ses nuits blanches : fréquenter des groupes de paroles et de soutient aux maladies incurables. Il y rencontre une femme énigmatique, Marla Singer (Helena Boham Carter), qui le renvoie à sa propre imposture.


Un beau jour, notre cher narrateur anonyme fait la connaissance de Tyler Durden (Brad Pitt), vendeur de savon à la philosophie nihiliste dénonçant la société de consommation. Ensemble ils créent un club de boxe clandestin, le "Fight Club" puis un groupe anarchico-terroriste, le "Projet Chaos".


« La première règle du Fight Club est qu’on ne doit pas parler du Fight Club »


Le livre

Écrit par Chuck Palahniuk en 1996, il est publié par Gallimard dans sa collection La Noire (1999) puis réédité dans sa collection SF (2002). La première chose qui m'a surprise avec ce livre était d'ailleurs qu'il soit classé Science-Fiction. Étonnée mais non moins motivée (j'avais adoré le film), je me suis décidée à plonger dedans.


Une fois le livre ouvert, j'ai retrouvé la trame narrative que je connaissais du film (mis à part la fin). Le rythme est cependant différent, je reconnais m'être sentie engloutie au milieu de nombreux flash-back et d'ellipses temporelles. La volonté de l'auteur était sans doute de tisser un récit décousu, non sans ressemblance avec l'activité cérébrale du narrateur.

Quant au style, l'écriture de Palahniuk s'avère minimaliste, les phrases sont courtes et il y a beaucoup de répétitions.


J'adhère complètement à l'idée principale du roman à savoir comment donner un sens à sa vie lorsque l'on mène une existence morne et vide de sens. Pour y arriver, un seul moyen: la violence qui, admise et acceptée par ces hommes, parviennent à devenir quelqu'un d'autre le temps d'un combat. En quelques mots, le Fight Club est l'endroit où il est possible d'échapper à sa triste existence emprunte de conformiste et d'ennui.


Avec son roman, l'auteur dépeint un portrait cynique et acerbe de notre société contemporaine occidentale : à force de vouloir posséder, l'homme moderne à la pensée matérialiste, a pour finalité de devenir déposséder de son individualité et de sa liberté.

«C’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut. »


L'analyse et l'adaptation

Fight Club a fait couler beaucoup d'encre, de nombreuses analyses ont vues le jour depuis la parution du livre et la sortie du film, y compris par des chercheurs en sciences humaines et ce, notamment dans un article très intéressant de la revue Connexion (2007) qui présente le film comme une allégorie du passage de adolescent dans la société contemporaine.


Des fins différentes

Porté à l'écran par David Fincher, le réalisateur suit la trame narrative de l’œuvre littéraire. [SPOILER] Le moment critique est le même : Tyler et le narrateur sont en réalité une seule et même personne. Ce retournement de situation constitue le twist final aussi bien dans le roman que dans son adaptation cinématographique.


Si les dernière images du film montrent un narrateur assistant impuissant à l'accomplissement de "son" plan destructeur, main dans la main avec Marla, sur Where is my mind des Pixies; les dernières lignes du roman n'envisagent pas la fin de la même façon. Le lecteur retrouve le narrateur dans son lit d'hôpital, à qui on donne des pilules et que l'on continue d'appeler "Monsieur Durden".


Ainsi, le choix de la fin diffère. Là où le réalisateur a décidé de mettre en scène la mort symbolique de Tyler Durden, le roman n'envisage pas les choses sous cet angle. L'auteur a, quant à lui, préféré laisser la porte ouverte à un éventuel retour de cet alter ego.



Marla est-elle aussi un alter ego du narrateur ?

Voici une théorie que j'affectionne tout particulièrement, celle qui concerne Marla.

[SPOILER] S'il ne fait aucun doute que Tyler Durden est le résultat de la création psychotique de notre narrateur atteint sévèrement de schizophrénie et de troubles dissociatifs de l'identité, qu'en est-il du reste des personnages voire du monde qui l'entoure ?

En y réfléchissant bien, Marla Singer, pourrait elle aussi être un alter ego du narrateur... La façon dont elle entre en scène, le fait qu'elle et Tyler ne soit jamais dans la même pièce, la relation qu'elle entretient avec le narrateur... En soit, personne ne lui adresse la parole directement, sauf si le narrateur est présent, exactement comme pour Tyler Durden. Tout cela pourrait également être le fruit de son imagination. Marla représenterait alors la part féminine du narrateur, car elle lui ressemble sur beaucoup d'aspects : solitude, rejet de la société, tourment.


L'essai de Rob Conery "Marla didn't exist" tente de démontrer que Marla est le pendant féminin de Tyler pour le narrateur. Une théorie intéressante qui offre l'occasion au spectateur de revoir le film sous un angle nouveau.

Une suite ? (Pas de spoil promis !)

Il existe une suite, sous forme de roman graphique, intitulée Fight Club 2, sortie le 28 avril 2016.


Nous y retrouvons le narrateur, qui a épousé Marla, avec qui il a un fils d'une dizaine d'années et où l'ombre de Tyler Durden est toujours présente.


Je ne l'ai pas encore lu, mais le résumé montre d'ores et déjà que les choix narratifs de l'auteur mettent (malheureusement) un terme à la théorie qui envisageait Marla Singer comme étant un alter ego du narrateur.


Mon avis

Fight Club est un film à voir.

Fight Club est un livre à lire.


Et vous, avez-vous aimé ?

N'hésitez pas à donner votre avis sur le film et/ou sur le livre en commentant l'article !


Eva, votre chroniqueuse dévouée.

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