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Chronique littéraire #1 : Une femme comme les autres ?

Mis à jour : 18 juil 2019

"Je me rappelle avoir goûté au bonheur, à la passion, à l'Amour. Celui que je découvrais pour la première fois, celui qui te prend aux tripes et te faire perdre la raison."


Mesdames (et Messieurs d'ailleurs !), ces mots vous sont familiers ? Vous avez sans aucun doute vécu une passion dévorante. Vous savez, celle qui s'insinue au plus profond de votre être, et qui revient parfois vous hanter... Exactement comme notre auteure du jour, Stéphanie Berrebi qui en témoigne dans son premier roman autobiographique Les nuits d'une damoiselle.



Entre passion, amour fou, drames et interdits, tous les ingrédients sont réunis pour tenir en haleine le lecteur. Mais le roman de Stéphanie Berrebi détonne des autres romans du genre car il est écrit avec la plus grande sincérité, rien n'est fictionnel, tout est réel. L'auteure ne cache rien, elle dit tout pour nous livrer un douloureux témoignage, l'histoire de sa vie. Se mettre à nue devant tant d'inconnus n'est pas simple, et long a été le travail sur elle-même pour arriver à ce beau résultat.


"Les réactions lorsqu'on raconte avoir été violée sont souvent violentes, c'est la double peine. [...] La maladie est honteuse et le déni fort grand ! L'incompréhension et la peur sont là... "

L'histoire de notre héroïne est la suivante : Stéphanie est une jeune femme libre et libérée qui assume pleinement sa part de séduction sans aucun complexe. Elle aime séduire et ne se cache pas de savoir en jouer quand ça l'arrange, le sexe est devenu son arme. À l'âge de 18 ans, Stéphanie est victime d'un viol dont elle ne prendra conscience qu'à l'aube de ses 30 ans. Ce douloureux évènement marque un tournant dans sa vie et influencera ses relations à venir...


Comme toute victime, Stéphanie est passée par plusieurs phases. Le déni, puisqu'elle a refoulé ce crime odieux pendant plus de dix ans. L'incompréhension, de ce traumatisme vis-à-vis d'elle-même mais également de la part de ses proches, pas toujours capables d'écouter ni d'entendre la vérité. Et enfin, l'acceptation. Toutes ces étapes sont nécessaires pour mettre des mots sur les évènements qui nous marquent à jamais afin de parvenir à se reconstruire.


L'écriture de ce roman a permis à Stéphanie de mettre des mots sur ce qu'il lui était arrivé. En tant que lecteur, nous ne pouvons qu'admirer le fait de se confier aussi sincèrement sur ce qu'elle a vécu, comment elle est parvenue s'en sortir et surtout, retenir qu'il ne faut jamais se murer dans le silence lorsque cela arrive.


Le petit plus : L'écriture et la musique

Les nuits d'une damoiselle est un roman ponctué par la musique. Les chansons choisies par l'auteure sont toujours en adéquation avec les sensations, les sentiments ou les émotions qu'elle a vécu à un moment précis ce qui permet au lecteur de s'immerger par la musique dans l'intimité de l'auteure.


L'Interview

E.M.L. : Est-ce une référence directe à la chanson de Colette Renard ? Et pourquoi avoir choisi ce titre ?

S.B. : C’est bien sûr une référence aux Nuits d’une demoiselle, sublime morceau sur la sexualité féminine. Le choix du titre vient du fait que le livre est entrecoupé de chansons qui ont marqué ma vie et il apparut comme une évidence qu’il fallait que le titre du livre fasse lui-même référence à une chanson. Comme celle-ci parle librement de sexualité, cette chanson m’a parue évidente puisque je raconte un parcours sentimental et sexuel sans tabou, même si dans mon libertinage, je me suis brûlé les ailes. J’ai gardé le sous-titre après vous messieurs, car c’était le premier titre que j’avais donné au récit et qui résume cet état de fait : nous (les femmes) nous faisons naturellement, de par nos éducations et conditionnements, passer après les hommes.


E.M.L. : L'écriture de ce roman a-t-elle constitué une thérapie pour toi ?

S.B. : L’écriture a fait partie de mon parcours thérapeutique, c’était une étape indispensable, j’en rêvais la nuit, il fallait que j’écrive pour me libérer des démons du passé. Ce livre m’a permis de tourner une page, d’avancer plus sereinement dans ma vie, de faire le point sur ce que je ne voulais plus et admettre que dans mes mauvaises rencontres, j’avais ma part de responsabilité. Écrire est pour moi thérapeutique, ça a toujours été un moyen d’expression essentiel dans ma vie.

Notre auteure du jour, Stéphanie Berrebi

E.M.L. : Le mouvement #metoo et #balancetonporc ont-ils contribué à te lancer ?

S.B. : Ces mouvements ont eu pour moi autant d’impact positif que négatif mais ils m’ont peut-être aidé à mettre en forme mes idées, à donner un sens à ma démarche. Je pense que j’aurais écrit ce livre de toute manière, mais je ne sais pas si je l’aurais publié sans ça. J’ai en tout cas eu la certitude que je ne pouvais partager mon expérience sur les réseaux sociaux, malgré le fait d’avoir été moi-même victime, je ne rentrais pas dans les cadres dénoncés, mon regard était différent. D’ailleurs, j’étais très fière que Brigitte Lahaie me reçoive dans son émission de radio suite à la publication de mon livre et certaines de mes “amies” m’ont envoyé des messages injurieux, alors que, comme je le dis dans mon livre, ses propos sur le viol remis dans leur contexte étaient indispensables pour beaucoup de victimes. On a fait des hashtags, balancé ce qu’on pouvait mais on n’a pas écouté la moindre voix discordante, les femmes se sont plus montées les unes contre les autres qu’autre chose, de mon point de vue. Les mouvements finalement m’ont aidé à me positionner, mais pas forcément dans le sens de la marche.


E.M.L. : La musique a l'air d'être un élément central dans ta vie, est-ce qu'elle t'a aidé à avancer ?

S.B. : Mon métier est journaliste de presse musicale, donc elle est plus que centrale dans ma vie ! Elle l’a toujours été, enfant entre la radio et les clips à la télé, j’en écoutais tout le temps et ça n’a jamais changé. Elle représente un réconfort, une bulle dans laquelle je m’enferme. Certaines des chansons citées dans le livre telle que Amoureuse de Véronique Sanson, m’ont vraiment aidée à surmonter la douleur après la rupture de ma relation adultère dont je parle dans le livre. Cette chanson décrit ce qu’on ressent lorsqu’on est maîtresse, sans jugement, sans haine de l’autre et ça m’a fait du bien. Je ne sais pas si la musique m’a aidé à avancer, mais elle m’a aidé à ne pas sombrer à un moment où j’avais cette sensation d’être très seule, où même mes amis ne pouvaient plus me comprendre.


E.M.L. : As-tu eu des retours des personnes dont tu parles suite à la sortie de ton livre ?

S.B. : J’ai eu des retours finalement des personnages “secondaires”, celui que je décris comme mon Soleil, qui est toujours mon meilleur ami et qui finalement au fil des années n’avait jamais vraiment vu à quel point je souffrais (je parle du mensonge que j’entretenais pour ne pas admettre d’avoir un problème) et celui que j’ai rencontré à 20 ans, juste après mon viol. Il avait compris ce qui m’était arrivé alors que je n’avais pas mis le mot dessus et il “s’en veut” de ne pas avoir su mieux m’aider, de n’avoir pas prononcé le mot pensant que je le savais. On était jeunes et sans lui, ça aurait été encore plus compliqué je pense. J’ai été blacklistée par l’homme marié à qui je m’adresse dans ce livre, je ne sais pas s’il en connaît l’existence. Le Salaud continue d’essayer de m’approcher de temps en temps, je ne lui réponds plus. Je ne pense pas qu’il ait lu le livre. Finalement, ce qui compte le plus, ce sont les retours que j’ai eus, de personnes que je ne connais pas ou peu et qui se sont retrouvées dans mes mots, de ces femmes et hommes qui ont vécu cachés, ces hommes qui se sont remis en question dans leur propre comportement envers les femmes, ces femmes qui ont réfléchi sur leur vision du féminisme. J’ai reçu tellement de témoignages, de partage d’expérience que je n’ai plus vraiment pensé à mon ex. Je pense qu’au début de la rédaction du livre, je voulais au fond qu’il sache ce que j’avais traversé lorsqu’il m’a quitté, mais à la fin ça ne comptait plus vraiment. C’est peut-être aussi les effets des débats finalement, j’avais envie de parler aux femmes et aux hommes qui ont eu un parcours sentimental chaotique.

Stéphanie Berrebi lors d'une lecture publique

E.M.L. : As-tu prévu de nouveaux projets ?

S.B. : Écrire m’a ouvert l'appétit, j’ai des idées en tête, j’espère pouvoir les concrétiser, trouver le temps de le faire alors que j’ai un travail très prenant ! Je ne préfère rien dévoiler pour l’instant, j’ai envie en tout cas de continuer à écrire, en mettant un peu plus de distance, sortir du récit pour aller vers le roman.


E.M.L. : De quoi as-tu envie maintenant ?

S.B. : Seulement d’être heureuse. De ne plus me laisser ronger, bouffer par une personne ou une relation toxique. Je suis plus forte et surtout, j’ai, grâce à la thérapie, réappris à m’aimer et à avoir de l’estime et du respect pour ma propre personne… Si je ne peux pas rattraper le temps perdu, je peux seulement aujourd’hui tout faire pour être le plus heureuse possible.


E.M.L. : Un message pour nos lectrices et lecteurs ?

S.B. : L’essentiel est de savoir s’écouter, à savoir quand quelque chose ne tourne pas rond dans nos relations, qu’elles soient amoureuses ou amicales. J’espère, s’ils se procurent mon livre que mon message saura les toucher, que ma vision sur l’ambiguïté de l’être peut-être leur faire voir les choses autrement.


Merci Stéphanie pour ton témoignage à travers ce livre et tes réponses franches et sincères !


Rendez-vous le 12 septembre 2019, pour une lecture du roman pendant les changements de plateau de la soirée organisée par la chanteuse Cat Lloris sur la Dame de Canton.


Retrouvez le livre de Stéphanie Berrebi ici :

www.stephanie-berrebi.fr

http://bit.ly/commandenuitsDamoiselle


Amitiés,


Eva, votre chroniqueuse Culture et Littérature.


P.S. : Si vous souhaitez que je chronique votre livre, n'hésitez pas à commenter !