JAMAIS SANS MES TALONS - Origine et symbolique

Mis à jour : nov. 15

Aussi mythique qu'énigmatique, cet accessoire de mode devenu presque incontournable dans la psyché de l'homo sapiens quand il imagine la femme sous son meilleur apparat, s'impose aujourd'hui comme l'ultime objet de la beauté féminine. Telle une estrade, le talon semble consacrer ainsi la femme dans ce qu'elle a de plus charmant tout autant que dans ce qu'elle a de plus vil et de plus dangereux pour lui.


En se hissant ainsi sur ce trône à la base si fragile, "Dame Ginette" tenterait t-elle de reconquérir cette supériorité dérobée par les yeux dédaigneux de son Pygmalion de compagnon qui croit aujourd'hui encore dur comme fer ne jamais avoir eu besoin de ce genre d'artifice pour surmonter ses complexes d'infériorité supposée.


De cette absence de "Talents" non démontrés dont certaines font pourtant fi et dont la modestie devrait être la feuille de vigne, le fier "Talon", lui, vient certainement compenser la balance des comptes; et ce malgré l'excès d'orgueil plus ou moins bien assumé qu'il peut parfois engendrer. Une excroissance plantaire artificielle qui est sans doute le plus grand ennemi de la santé de la femme et en même temps pourtant le meilleur allié de celles qui osent et aiment le porter.


FLASH BACK


Fort de leurs croyances, la plupart des hommes sont pourtant loin de s'imaginer qu'avant que dame "Frénégonde" ne veuille s'approprier les armoiries et les artifices bourgeois de son prétendu noble compagnon, ne vous en déplaise mesdames, mais le talon était d'abord et avant tout essentiellement masculin!

Les Prémisses


En effet au départ les talonnettes apparaissent dans l'Antiquité et conquièrent d'abord le coeur des cavaliers guerroyants qui veulent assurer leur assise sur leur monture et la position de leurs pieds dans leurs étriers durant les combats. Quand je vous parle de chevalier, je ne fais nullement référence au plus preux combattant d'entre eux dont le talon reste selon la légende le seul point de rupture de son infranchissable cuirasse.

Une faiblesse présupposée qui veut selon la mythologie grecque, que l'intéressé fut plongé à sa naissance dans le "Styx", le fleuve des enfers censé le rendre invulnérable, à l'exception de ce talon par lequel, justement sa mère le retenait suspendu.

Quelle ironie du sort!

Achille héros de la mythologie Grecque plongé par sa mère dans les eaux du Styx, fleuve des Enfers censé le rendre invulnérable.

Achille Roi des "Myrmidons"(fourmis guerrières)


Pourtant si on ne doit pas à Achille l'origine des chaussures à talons, c'est pourtant bien du royaume dont il provient "la Perse"que cet objet de mode est pourtant apparu au Xe siècle. En effet, ce sont bien les chevaliers perses qui portèrent les premiers des talons pour assurer leur galop durant le combat.


L'Excellence Vénitienne


Après les perses, selon certains écrits anciens ce serait les vénitiens qui se seraient approprié cet ustensile qu'ils appelaient "Chapineys"(Chopines). Une chaussure que la bourgeoisie portait pour conserver propre le bas de leur robe et afficher leur appartenance à la haute société. Ainsi perchées, il fallait ainsi à ces dames, l'assistance d'au moins un ou deux serviteurs pour pouvoir se déplacer ou au mieux le bras galant d'un homme digne de leur rang pour assurer leurs quelques rares et dangereux mouvements de jambes.

Ce faisant, les côtés périlleux de ces "escarpins échasses" permettaient aussi à ces femmes prétendument vertueuses de se tenir éloignées de la danse et de toute autre activité non recommandable et plus ou moins mal vue par la prude Venise du XV ème et XVI ème siècles.

Vous comprendrez donc aisément qu'il était hors de question "d'aller danser le "jerk" au "Club A.Gogo" avec la cousine Berthe", ce n'était nullement dans les us et coutumes des maisons de l'époque à cet endroit si gracieux de la planète.

La plus ancienne vue de Venise, datant du XIVe siècle.

Illustration vers 1600, gravure de Venise d'après un dessin de W Brockedon.

©Photo par Hulton Archive / Getty Images.


Par la suite avec l'évolution de moeurs,"les chopines"( on ne parle pas de petits verres de bière messieurs!) se sont un peu affinées et surtout se rabaissent sur le devant pour permettre plus de fluidité dans le mouvement tout en gardant sur l'arrière du talon, la hauteur due au rang de chacune.


Vers 1533 pour l'occasion de son mariage avec le Duc d'Orléans, Catherine de Médicis séduite par le style, fait venir de Florence une paire de ces gracieuses chaussures qui lui permettent de s'afficher en"précurseuse"d'une mode qui va ensuite s'installer dans toute la "Cour de France".

Le Mariage de Catherine de Médicis avec Henri, duc d'Orléans à Marseille le 28 octobre 1533, célébrée par le pape Clément VII.

Huile sur toile 1627 du peintre italien "Francesco Bianchi Bonavita"


La coquetterie Monarchique


Après cette incursion dans les moeurs bourgeoises de la noblesse française,

un peu plus tard la cour du "Roi Soleil"adopte elle aussi cette pratique mondaine qui leur permet de se différencier du petit peuple.

Au-delà de ce besoin de supériorité; cette caste ainsi rehaussée de quelque 10 à 12 centimètres selon les aspirations de chacun, espère ainsi dans un même temps se rapprocher du ciel et du pouvoir suprême.

Par ailleurs l'inconfort de cette chaussure dû essentiellement à l'inexistence de différence entre le pied gauche et le pied droit rend tout travail impossible et légitime donc autant que leur teint blanc, l'appartenance de cette nichée de nantis à l'aristocratie française.


Le Roi Soleil lui-même adopte rapidement ses talons remontoirs qui lui permettent avec sa perruque de regagner en hauteur et montrer ainsi à qui en doute encore que le patron, c'est toujours lui.



Pour les femmes gravitant dans cette haute sphère du pouvoir, indépendamment de ce besoin de se grandir, cet artifice permet aussi de réduire drastiquement et visuellement la taille de leurs pieds parfois trop grands et dont la petitesse est signe de délicatesse.


Plus tard quand les robes se raccourcissent un peu, les escarpins se parent de rubans, de boucles serties plus ou moins somptueuses ou d'étoffes précieuses qui permettent d'afficher ses richesses.



Par la suite les hommes se lassent assez rapidement de cette mode inconfortable qui devient essentiellement féminine et la Révolution Française mettra un terme presque définitif à cette grivoiserie bourgeoise masculine pour laquelle même les femmes leur préfèrent alors les bottillons.


Cette disparition du talon dans les moeurs françaises va durer relativement longtemps et réapparaitre au milieu du 18 ème siècle, quand les dames bourgeoises vont progressivement se le réapproprier mais avec une hauteur un peu plus raisonnable.


Le Grand Retour


Fin des années 1800 début 1900, les talon reprend de la hauteur et atteint un peu toutes les dimensions et toutes les couches de la population, tantôt plus sensuel ou carrément érotique, porté souvent plus grand par les prostituées voulant dominer leurs clients et s'assurer un minimum de sécurité ou encore par les danseuses de "French Cancan" qui transforment celui-ci en un symbole de désir et de sexualité, le rendant parfois même diabolique dans l'Amérique puritaine qui voit dans ces danseuses de cabaret parisien, des diablesses femmes à qui il ne faut rien concéder.

To be or not to be



Vous l'aurez compris, les talons ont connu bien des péripéties! Parfois décriés par les uns, sublimés par les autres; ils portent en eux aujourd'hui une dimension symbolique et sexuelle particulière indiscutable sur laquelle Freud et Hamlet eux-mêmes se seraient sans doute cassé les dents.



Chacun jugera selon ses affinités personnelles, même si les mouvements féministes n'ont pas réussi à abolir cet objet de persécution plantaire que certaines voient comme un outil de torture, il n'en reste pas moins un des objets de mode les plus convoités à ce jour qui peut atteindre parfois des prix exorbitants. Des montants que certains qualifieront d'indécents pour une paire de chaussure qui ne semblent pas pour autant décourager certaines femmes même moins fortunées.


Quoi qu'il en soit, les grandes marques comme Christian Louboutin leur consacre même une exposition "Exhibitioniste"(ça ne s'invente pas) jusqu'au 3 janvier 2021 au Palais de la Porte Dorée, à Paris,

Christian Louboutin

la plus grande exposition jamais consacrée à l’œuvre et l’imaginaire de Christian Louboutin. Le Palais de la Porte Dorée jusqu'au 31 janvier 2021


et ses autres homologues comme :

  • Manolo Blahnik.

  • Aquazzura.

  • Gianvito Rossi.

  • Stuart Weitzman.

  • Jimmy Choo.

  • Charlotte Olympia.

  • Roger Vivier.

ne s'y sont pas trompés non plus et ont su exploiter à juste titre ou pas, la fascination de certains hommes et femmes pour cet objet presque devenu culte qui fera encore couler beaucoup d'encre dans les articles de mode et flamber aussi de grosses liasses de billets verts à tous leurs fans et autres supporters.


Pour City Magazine © by D. de MacLeod










Conseils de lecture


Les tueuses en talons aiguilles

  • Réf. : LUP2518

  • Année d'édition : 2018

  • Edition : Brochée

  • Format : 11 x 17,8 cm

  • Isbn : 979-10-353-0023-4

  • Nombre de pages : 328

Panique au tribunal de Poitiers ! On meurt beaucoup aux quatre coins de la Vienne en ce printemps 2016. Et dans des conditions étranges ! Une série de petits trous carrés autour du corps d’une première victime, à la réputation détestable. Des femmes déguisées en flics abattant en pleine rue un dealer minable. Les procureurs se suivent, se démènent, recherchent, interrogent, analysent. Rien n’y fait ! Les auteurs de ces assassinats restent introuvables.  Seuls dans les combles du palais, deux frères, rescapés des années 1968, continuent d’archiver paisiblement les dossiers judiciaires, étrangers à toute cette frénésie. Insensibles aux turpitudes du monde d’en bas, ils déroulent leur existence routinière de fonctionnaires résignés avant de se retirer chaque soir dans la ferme familiale, du côté de Couhé-Vérac et de Rom, à la lisière de la Vienne et des Deux-Sèvres…


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Talons aiguilles et chapeau de paille

  • ISBN-10 : 236575323X

  • ISBN-13 : 978-2365753234

  • Format: 22.4 x 1.7 x 14 cm

  • Éditeur : Marivole Editions (9 décembre 2019)

  • Langue : Français

Talons aiguilles & chapeau de paille… ça, c’est un titre qui a du mordant, de l’ambition, de la classe comme le fameux « Chapeau melon et bottes de cuir » dont il est librement – et modestement – inspiré ! C’est surtout une histoire, MON histoire à moi, Amanda, jeune – bon j’ai 34 ans et alors ? – et dynamique parisienne qui vient passer un été en territoire hostile, la campagne ! Au programme, de l’aventure dont un étonnant combat poule-coq, de l’exotisme – il y aura des moustiques ! –, de la passion, notamment celle que j’éprouve pour mon smartphone et surtout, une bonne dose de rires… Venez avec moi en Berry, la campagne avec un grand C et vous verrez qu’il n’est pas si difficile de s’épanouir en talons aiguilles et chapeau de paille !


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par CITY EDITION ©




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