Je rêvais d’un autre monde… moins virtuel



Voici un extrait de ma newsletter du 1er janvier 2021. Je parlais des artistes (et de tous les métiers de l’ombre) qui se sont retrouvés sans travail à partir de mars 2020.


« Chacun a dû se réinventer pour ne pas tomber dans l’oubli. Les live en streaming ont fleuri sur la toile, proposant ainsi de la musique gratuite. C’est intéressant pour se faire connaître, mais il y a l’effet pervers qui en découle : on a commencé à brader la musique. »


Saule a fait partie des artistes très créatifs durant cette période, et voilà ce qui en est ressorti. Il a le don de toujours trouver les mots...




Nous vivons depuis près d’un an dans un monde virtuel, sans contact social, sans chaleur humaine, sans bise, sans poignée de main… Sans rien sauf nos écrans et nos connexions internet. Mais avec les effets négatifs qui en découlent.


Un monde déshumanisé, une nouvelle ère virtuelle, voilà vers quoi nous avons basculé en seulement quelques mois. Je suis persuadée que vous comprenez très bien de quoi je parle. Mais je vais vous partager mes expériences virtuelles personnelles, en espérant que vous vous sentiez moins seul.


Depuis le mois de mars, c’est télétravail à gogo. J’ai commencé par aménager mon intérieur qui n’était, à la base, pas vraiment adapté au travail à domicile. De vrais déménagements ont été entrepris : bouger des jouets pour faire de la place pour mes dossiers, puis rebouger les dossiers car ça ne me convenait pas, acheter un nouveau bureau que je n’utilise pas car je suis mieux dans ma cuisine ou mon canapé… Le télétravail a de nombreuses conséquences qui bousculent notre ancienne routine.



Journée type de ma nouvelle vie. 6h : le réveil sonne. A 6h15, je m’extirpe tant bien que mal de mon lit douillet. A 7h, j’éveille les enfants et vers 7h45, nous démarrons vers l’école. J’ai eu « l’intelligence » d’inscrire mes enfants dans une école proche de mon boulot. Et vu que je suis en télétravail, c’est une heure aller-retour ! Du coup, je me connecte vers 9h et là c’est direct formation en ligne ou réunion virtuelle. C’est à peine si j’ai le temps d’enlever mon manteau avant de m’y mettre. Je passe quelques heures à courir après le temps, je ne prends pas de temps de midi et à 15h j’arrête pour aller les rechercher à l’école. Je rentre vers 16h et quand je reviens : 15 mails. C’est désespérant.

Et je peux vous assurer qu’une journée de 9h-15h, ça passe rudement vite et c’est largement insuffisant par rapport à la charge de travail. Avec des journées pareilles, je compense en relevant mes mails en soirée, le week-end ou pendant mes congés. Exit la frontière entre la vie privée et professionnelle.


Ça c’est la routine où l’école est ouverte. Mais nous avons vécu 6 mois de confinement sans école, donc nous étions en télétravail tout en étant babysitteurs.



On a tous connu je pense, les visioconférences entrecoupées de « Mamaaaaaaaan » (ou « papaaaaaa »), « Il est où mon sweat Minecraft ? », « J’peux avoir à boire ? », « J’ai faiiiimm » ou leurs coucous à nos collègues à la caméra.



Et en parlant de visioconférence… Heureusement que je n’ai pas des rendez-vous Teams ou Zoom tous les jours. Pour ceux qui l’ignoreraient, Teams et Zoom sont deux applications de vidéo-conférence qui existent depuis plusieurs années et que je ne connaissais pas il y a un an. Tout simplement parce que tant qu’on va au bureau, on voit nos collègues et on fait des réunions en présentiel. Je n’avais pas besoin de ces applications. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus le choix. Chacun chez soi, on passe notre vie à se téléphoner, s’envoyer des mails ou faire des appels vidéo.



J’ai pris congé deux semaines… Après une semaine, je consulte ma boîte pro… 168 mails ! Nous sommes noyés d’informations, les boîtes de réception explosent, les chats instantanés fusent et les visioconférences pullulent. Et je trouve ces réunions virtuelles éreintantes, bien plus que des réunions en présentiel. Il est vraiment difficile de se faire entendre, tout le monde parle en même temps, on digresse et ça dure une plombe.


Chaque année, début janvier, les collègues se souhaitent tous leurs meilleurs vœux autour d’une coupe de bulles. Cette année, nous avons fait une réunion sur Teams pour se présenter nos souhaits pour 2021, et sans verre de mousseux évidemment.


Cette époque est d’une tristesseJe rêve d’aller au bureau, de me lever pour aller poser une question dans un bureau voisin, de faire réunion à 15 autour de la table, de faire la bise, de pouvoir prendre l’ascenseur avec d’autres personnes, de voir les sourires qui sont cachés par les masques, d’aller manger au mess avec mes collègues, d’oser croiser quelqu’un sans qu’il y ait un malaise et que chacun détourne la tête…



Toutes ces choses que nous vivions au quotidien et que nous n’avons pas appréciées à leur juste valeur.


Si vous vous reconnaissez dans cet article, s’il vous a plu, s’il transmet vos émotions actuelles, n’hésitez pas à la partager pour que votre entourage se sente moins seul avec ses manques.


Sur ce, je vous fais des bisous… virtuels.


Deborah Dubois - Bookeuse à l'arrêt

Rédactrice CityMag Moove & Song

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