L' amour après 40 ans ! Oui mais...



Interdit aux moins de 40 ans. Le sujet n’est pas scabreux mais pourrait faire déprimer les conteurs de fleurette en herbe. Depuis quand n’avez-vous pas fait l’amour ? La question est indiscrète, presque taboue. Une enquête récente indique que les hommes et les femmes de tous âges déclarent avoir neuf rapports sexuels par mois, sachant qu’un nouveau couple fait plus souvent l’amour qu’un couple installé dans la durée. Après quinze ans de vie conjugale, les femmes sont deux fois plus nombreuses à déclarer moins de trois rapports sexuels par mois.




L’amour chez les quadragénaires et leurs aînés n’est pas une sinécure. Dans l’immense majorité des cas, le sujet représente un problème. À la fleur de l’âge, quand Thanatos fait ses premiers clins d’œil à Éros, le temps se brouille. Les témoignages en copier-coller affluent sur les scènes de ménage. La sacro-sainte routine prend ses quartiers dans les foyers qui, en d’autres temps, pendant une poignée d’années (celles de la rencontre, du coup de foudre chimique), quand les enfants n’étaient pas encore là, fleuraient bon la fantaisie et la désinvolture.

Tout d’un coup, c’est Trafalgar et Waterloo réunis. On lit au lit. L’homme n’a jamais autant ronflé, regardé des matchs insignifiants à la télé, pris aussi peu soin de lui. La femme s’est découvert une passion pour la lecture des auteurs à la mode, pour la salle de fitness et les soirées « entre filles ». La raison d’être s’enracine au boulot. Et l’autre se résume, mais ce n’est pas rien, à la mère ou au père des enfants. Pendant ce temps, la libido hiberne, avec des apparitions de plus en plus espacées. Le démon de midi fait des appels du pied.

Le tableau est noir mais pas dé- sespéré pour ces êtres que la nature fait vieillir avec, en option, une dose d’embonpoint. N’appelle-t-on pas ces ourlets de graisse des poignées d’amour ? À chacun de les saisir pour ne pas glisser vers la rupture. Il y a toujours quelque chose d’admirable chez le conjoint. Arrêter de le critiquer en permanence est un premier pas vers la survie d’une relation. Pour que l’amour dure, il faut l’entretenir. Une phrase résume l’alternative : « Quand on veut préserver un couple on résout les problèmes ; quand on ne le veut plus, on cherche les problèmes. » Elle est extraite du livre que viennent de publier le médecin Sylvain Mimoun et la journaliste Rica Étienne (1). Cette dernière nous accompagne dans le décryptage d’un sentiment qui appuie là où ça fait mal quand une seule bougie compte pour dix ans sur le gâteau d’anniversaire.


1 Amour ? Quel amour ?


« Nous voulons croire et défendons la possibilité et l’idée qu’une relation puisse durer. Cela va à l’encontre de l’air du temps, compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie mais aussi des propositions sexuelles qui s’offrent partout, notamment sur Internet. Nous sommes de plus en plus soumis à des tentations. Quel sens met-on derrière le mot « amour » ? S’il s’agit d’une passion dévorante sexuelle, c’est aussi possible après 40 ans. À ces âges-là, on peut tout à fait faire des rencontres absolument lumineuses. Ce qui éteint un peu la passion, c’est la routine. Les couples qui continuent d’avancer ensemble remplacent souvent le sentiment de la passion amoureuse par le soutien mutuel. Ce genre de lien, fait d’amour physique, de complicité, des bons côtés de la routine, vous rend plus fort dans la vie. Le couple devient une espèce de cellule protectrice. »


2 Quadras, quinquas, tous pareils ?


« Je ne sais pas si nous vivons tous exactement la même chose. Mais la chamaillerie fait partie des histoires naturelles d’amour d’un couple. L’idée qui voudrait qu’on soit tous les jours à 100 % avec son partenaire, la personne qu’on aime, son complice ou son amant, est illusoire. La faiblesse, la fatigue, l’exaspération, la colère font partie d’une relation normale. C’est même assez vivifiant. Pour paraphraser Baudelaire, "Trop de poésie tue la poésie". Où est le stimulant chez un couple guimauve qui serait main dans la main du matin au soir ? Nous avons besoin de moments neutres ou pénibles pour apprécier la détente, le bonheur, la complicité. Il ne faut pas attendre que du bon tout le temps. Ce serait folie, pas réaliste et pas souhaitable. »


3 À quand la rupture inévitable ?


« Quand il y a un vrai malentendu, des non-dits, des choses qui ne sont pas réglées. Une des clés d’un couple réussi, c’est d’arriver à dire ce qui ne va pas. Mais, attention, ce n’est jamais totalement la faute de l’autre. La remise en question doit se faire à deux. »


4 Les symptômes du mauvais pas


« Ils sont souvent d’ordre psychosomatique. Les problèmes psychologiques se répercutent sur le corps et les problèmes du corps sur le couple. Il peut arriver que certains hommes expriment leur mal-être, comme on exprime une dépression, au niveau génital. Ils peuvent contracter des cystites, des mycoses, des urétrites ou une ancienne infection sexuellement transmissible alors qu’à l’examen on s’aperçoit qu’il n’y a rien. Cela ne veut pas dire qu’un homme ou une femme qui font des infections à répétition sans germe sont malheureux en couple, mais cela peut être une des explications. »


5 Le tabou de la baisse de la libido


« La baisse du désir sexuel qui entraîne la rupture est surtout une affaire masculine. Proportionnellement, la femme mettra plus en avant la complicité et la connivence (y compris sexuels), mais ce ne sera pas forcément un motif de séparation. Ce n’est pas facile de dire à son partenaire : "Je ne te désire plus". C’est d’une violence extrême. Dans le couple, ce tabou peut être assez salutaire. Sans se le dire, on peut essayer de le faire comprendre de manière plus délicate. La question est : est-ce que c’est toi qui es moins désirable, ou est-ce moi qui ai moins envie de toi ? En consultation, certains hommes disent ne plus faire l’amour. En fait, ils souffrent souvent de problèmes érectiles. Quand l’impuissance est traitée, le désir peut revenir. »


6 Le combat contre la routine


« Il faut éviter de compartimenter sa vie entre le travail d’un côté, la femme de l’autre, les copains et les loisirs ailleurs, etc. Il faut un minimum d’échange, se mettre au courant de ce qui nous tient à cœur. Cela évite que, peu à peu, la relation ne se sclérose. Être le conseil aide le couple à tenir. L’important, comme dans le poison, c’est le dosage. Trop c’est trop, et pas assez, pas assez. »


7 Et si c’était ça, l’amour ?


« Le plaisir amoureux n’est pas du tout quelque chose d’impossible. Les hommes ont maintenant la chance d’avoir une panoplie de médicaments qui peuvent les aider. Les femmes, si elles n’ont pas de contre-indication pour le traitement hormonal substitutif de la ménopause, peuvent également espérer une sexualité épanouie. Plus on a fait l’amour avant, plus on le fera après. Les gens qui arrêtent de le faire à un certain âge sont ceux qui n’ont jamais eu d’appétence pour le sexe. Ce n’est pas grave. Un couple peut très bien vivre avec tendresse et complicité. Les tempos se rejoignent. On appelle cela la maturité. On connaît bien la carte du Tendre de l’autre. On prend le temps. Cela peut s’avérer très agréable. »


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