La crise de la quarantaine ou la rencontre avec soi-même



On entend souvent dire « rien n’arrive par hasard » ou « il y a toujours du positif à retirer, même lors d’une expérience négative ». Je vous confirme que c’est vrai. Ou pour les amateurs de Kaamelott comme moi, « c’est pas faux » (juste pour la parenthèse humoristique avant d’être sérieuse).


J’entends souvent dire : « Deb, comment tu en es arrivée là ? Pourquoi t’être lancée à ton compte tout d’un coup ? Comment devient-on agent artistique ? »


On me le demande tellement souvent que j’ai décidé de vous le raconter dans cet article qui va brasser plusieurs sujets, certains heureux, d’autres moins.


J’ai vécu une enfance et une adolescence sans problème, sans rien de spécial à signaler. Je faisais beaucoup de danse et j’adorais me produire sur scène. J’ai de ce fait côtoyé des tas d’artistes : musiciens, chanteurs, humoristes, magiciens, transformistes…




Après mes secondaires, j’ai entamé l’université en droit puis en criminologie.

Lorsque j’avais 20 ans, ma mère a repris une librairie et je me souviens avoir dit à l’époque : « je ne serai jamais indépendante ». C’est risible 20 ans plus tard.


Jusqu’à 33 ans, j’ai vécu une vie on ne peut plus « normale ». J’entends par là que je travaille (comme fonctionnaire avec un horaire de bureau), je suis mariée et je suis maman de 2 magnifiques petits garçons. Quand sonne 16h, j’ai fini journée. Et le vendredi, le week-end commence. Un seul boulot à temps plein, et pourtant je trouvais manquer de temps à l’époque…


A 33 ans, je me sépare et là c’est déjà un gros changement de vie. Garde alternée signifie que l’on est débordée une semaine sur deux, et l’autre semaine on se demande presque comment occuper son temps. Cela faisait longtemps que je ne m’étais plus assise dans le canapé en rentrant du travail.




A 35 ans, je rencontre un homme. Que j’ai appelé mon alter ego. Je ne pensais pas un jour rencontrer un homme avec qui ça colle aussi bien. C’était l’homme de ma vie. Nos familles se sont rencontrées et c’était une très belle histoire. Mais visiblement, la relation convenait moins à cet alter ego qu’à moi. Il m’a quittée après un an d’une relation intense et passionnée.


J’étais effondrée mais je voulais être forte et tenir bon. J’ai donc continué à aller au boulot et j’ai tiré sur la corde. Un mois plus tard arrivent les attentats de Bruxelles : le 22 mars 2016. Ma sœur et le papa de mes enfants travaillent à Bruxelles. Et mes enfants étaient chez leur papa. Un million de question ont tourbillonné dans mon esprit. « Vont-ils bien ? Comment vont-ils rentrer ? Qui va aller chercher les enfants à l’école ? Qui va s’occuper de mes loulous et de mon filleul ?... »



Bien qu’il n’y ait aucun lien de cause à effet entre ma récente séparation et les attentats, c’est à ce moment-là que j’ai craqué. Je suis allée chez le médecin qui m’a mise en congé forcé pour dépression. J’ai alors démarré ce que j’ai appelé « ma vie en pyjama ». Quand je n’avais pas les enfants, je sortais de mon lit pour me vautrer dans le canapé et regarder des films et des séries toute la journée, le tout entrecoupé de siestes.


Je prends des antidépresseurs et des hypnotiques. J’ai commencé par 3 semaines d’arrêt, puis une prolongation de 2 semaines et encore une prolongation d’un mois.



Mais très vite, ce mode de vie et cette médication ne me conviennent pas. Je suis quelqu’un de dynamique à la base et je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Donc j’ai commencé à chercher des solutions et j’ai débuté des séances de sophrologie.


Cette introspection a été une révélation. Au fil des séances, j’ai senti un besoin en moi de développer une nouvelle activité, laquelle s’est précisée au fur et à mesure.

C’est ainsi qu’ont été mis en exergue mon amour des artistes et mon besoin de les faire connaître.


J’ai recommencé à travailler le 1er juin 2016, tout en mettant sur pied mon nouveau projet d’agence artistique. Le 1er juillet 2016, j’étais officiellement indépendante à titre complémentaire. Et j’avais dit que je ne serai jamais indépendante…


Cette dépression m’a offert ma deuxième vie. Tellement passionnante ! C’est une réelle bénédiction et je remercie la vie de ce coup dur sans lequel tout cela ne serait pas arriver.

Depuis, je ne peux plus m’arrêter et j’ai tout le temps de nouveaux projets et des idées neuves.



Environ un an après le démarrage de cette activité d’agent artistique (Let’s Deb), je trouvais que je ne faisais pas assez jouer les musiciens que je représente. J’ai donc eu l’idée de créer un festival où je ferais jouer la plupart de mes artistes. Le Deb Fest’ est né en 2018.

En 2019, pour la 2e édition, je crée même une ASBL pour cette organisation et je revois le concept pour en faire un festival plus classique et non plus comme la première fois, une soirée promotionnelle.

A ce jour, il y a eu 3 éditions et la 4e est en préparation.


Et début 2021, un nouveau projet est né. Enfin… quand je dis né, c’est plus que ça. Il m’a plutôt frappée de plein fouet, ne me laissant pas d’autre choix que de tout mettre en œuvre pour le réaliser. Le Mot’Kafée sera un biblio-café : un endroit cosy où prendre le café en bouquinant et où vous pourrez emprunter des livres. Il n’est pas encore ouvert et je ne sais ni quand ni où il le sera car je suis à la recherche d’une surface commerciale. Mais j’ai récolté des centaines de livres et chiné de vieux meubles à restaurer pour décorer la boutique.

Et j’ai encore plein d’autres projets mais sans une once de concrétisation donc je n’en parlerai pas ici.



Il y a quelques années, quand j’étais seulement fonctionnaire et maman, je manquais de temps… Comme quoi, il y a toujours moyen de trouver du temps pour ce qui nous anime, ce qui nous passionne, ce qui nous rend vivant.

Outre la tonne de travail que je me suis mis sur la tête, cette dépression m’a aussi beaucoup changée. Je suis une meilleure version de moi-même. J’ai une plus grande ouverture d’esprit, je me remets en question régulièrement mais j’ai plus confiance en moi. Il est important d’être fier de soi et de s’aimer. Et je suis résolument optimiste. Ce qui attire le positif à soi. Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : j’ai des coups de mou et des petites déprimes comme tout le monde. Mais ça dure moins longtemps.


Si je n’ai qu’un conseil à vous donner, c’est de suivre vos rêves. Ecoutez votre cœur, vivez de manière passionnée. La vie est tellement courte, mais peut être tellement belle. Et n’oubliez pas, rien n’arrive par hasard et il y a toujours moyen de retirer du positif dans nos expériences négatives.


Passionnément,


Deborah Dubois