Si doux et si mauvais à la fois



Mars 2020, nous entamons le 1er confinement. Du jamais vu pour nous tous. Nos habitudes sont chamboulées, certains se retrouvent sans emploi et ceux qui en ont la possibilité ont commencé le télétravail. Ce qui fut mon cas.

Dès le mois d’avril, je commence à entendre de nombreuses personnes autour de moi se plaindre d’une prise de poids. Sans doute due aux grignotages à la maison devant l’ordinateur.



Et moi, je constate que je n’ai pas pris un gramme. Je m’en suis réjouie évidemment.

Les mois se succèdent, les coups durs me tombent dessus, et je ne prends toujours pas de poids. Que du contraire. Le mois d’août affiche moins 3 sur la balance, septembre moins 4, octobre moins 5… et ainsi de suite. Fin décembre, j’avais perdu 7 kilos et je pesais moins qu’à 15 ans.

Ceux qui me connaissent savent que je suis petite et pas très épaisse à la base. Cette perte de poids est donc assez importante.

Sans régime et sans sport, ce n’est pas normal… Je décide donc de faire un bilan sanguin.

Diagnostic sans appel : je suis diabétique. Nous étions le mercredi 20 janvier 2021. Coup dur… Je m’effondre. Pas que ce soit une surprise. Après deux diabètes gestationnels et des antécédents familiaux, je savais que ça arriverait. Mais honnêtement je pensais que je serais pensionnée et que je n’aurais rien d’autre à faire de mes journées que de me soigner. C’est environ 25 ans plus tôt que ce que j’imaginais…


Ce mercredi-là, je pleure un bon coup et je me reprends très vite. Il faut agir. Et puis cela faisait des mois que je me disais que je devais prendre soin de moi, avoir une meilleure hygiène de vie. Là je n’avais plus le choix. J’ai donc pris ça comme une bénédiction : la vie m’offrait la possibilité d’enfin poursuivre mon objectif de vie saine. J’avais droit à une deuxième chance !



Je vais donc à la pharmacie, je commence mon nouveau traitement, et je prends rendez-vous en urgence chez une endocrinologue. Le jeudi, je reçois la copie de ma prise de sang en vue de la consultation en diabétologie et là, 2e coup dur et 2e vague de pleurs. Je me rends compte que c’est sérieux. Ce n’est pas juste une glycémie un peu élevée, c’est 4 fois le taux normal !!!


Le vendredi, j’ai mon 1er rendez-vous en diabétologie : l’endocrinologue, la diététicienne, les infirmières… J’entame ainsi des semaines vraiment compliquées. C’est une maladie invisible, et beaucoup pensent qu’une alimentation équilibrée suffira à rétablir l’équilibre glycémique. Mais c’est considéré comme maladie grave et c’est incurable. Alors non, une alimentation équilibrée ne suffit pas à remettre l’organisme d’équerre.


Le vendredi en question, on me prescrit de l’insuline 2 fois par jour en plus du traitement oral. Et c’est là que ça se complique. Hypoglycémies, malaises… J’en arrive à me demander pourquoi j’ai fait cette prise de sang, je me sentais mieux avant… Bien que, j’étais extrêmement fatiguée mais je me l’expliquais notamment par un excès de travail.


Trois jours plus tard, on arrête l’insuline. Trois jours plus tard, j’en reprends mais une seule fois par jour. Les hypoglycémies continuent malgré tout. Je fais peur à mes enfants, à mes parents, à moi-même. Je me souviens d’une fois où je me suis couchée en hypoglycémie mais je ne parvenais pas à dormir car j’avais peur de mourir dans mon sommeil. Une autre fois, je rentre sous ma douche et là, une hypo me tombe dessus. J’ai rarement été aussi vite pour me laver. Les jambes flageolantes, tremblements extrêmes, vue trouble… Voilà ce qu’il se passe quand on manque de sucre. Evidemment, on peut perdre connaissance si on ne se resucre pas très vite.



Le diabète, qu’est-ce que c’est ? Je ne suis ni médecin ni scientifique mais je vais schématiser.


Le pancréas génère de l’insuline quand c’est nécessaire. Lors d’une prise de glucide, le pancréas s’active et l’insuline qu’il produit va chercher le sucre dans le sang pour le transporter vers nos cellules et nos muscles. Ce sucre est alors transformé en énergie. Il est donc indispensable à notre survie. C’est grâce aux sucres que nous ingérons que nous pouvons nous tenir debout, marcher, courir, avoir n’importe quelle activité physique. Mais il arrive que le pancréas soit défaillant et qu’il ne produise pas assez (ou pas du tout) d’insuline. Dans ce cas, le sucre reste dans le sang. Ce qu’il s’est passé dans mon cas, c’est que mes muscles ont puisé dans les graisses pour produire l’énergie nécessaire, d’où la perte de poids.


Les symptômes sont généralement une grande soif et une fatigue extrême. Mais mon côté cartésien a tenté de tout rationnaliser et j’ai réussi à tout expliquer autrement. J'ai aussi eu une énorme baisse de vue, mais cela s'est rétabli lorsque la glycémie a été équilibrée. Ceci dit, c'était vraiment flippant de voir flou et double malgré mes lunettes.


Mon traitement a continué a changé tous les 3 jours durant les premières semaines. Un organisme n’est pas l’autre et on ne sait jamais comment un corps va réagir aux différents traitements. Les premiers moments sont donc faits de tests et d’adaptations.


Finalement, mi-février, après 3 semaines de malaises, on retire l’insuline de mon traitement. Et par chance, mon alimentation et le traitement oral suffisent à réguler la glycémie. Elle n’est pas parfaite mais elle n’est pas mauvaise. Mais je ne fais aucun écart alimentaire.


Les 6 premières semaines, j’ai été psychorigide par rapport à ça. Je notais tout ce que je mangeais, je contrôlais ma glycémie 4 fois par jour. Dès que j’ai commencé à me contrôler moins souvent, la glycémie remontait. Le stress de la perte de contrôle… Car oui, le stress fait grimper la glycémie. C’est ça le côté insidieux de la maladie, il est impossible de la contrôler. Tellement de facteurs influencent notre glycémie


Depuis, j’ai lâché du lest grâce à ma diététicienne qui a réussi à me rassurer par rapport à ça. Elle m’a fait comprendre que même quand je me considère en hyperglycémie, mes taux ne sont pas catastrophiques. Donc j’ai pris un peu de recul, j’ai relativisé. Je suis effectivement loin des taux de départ. J’ai une très bonne hygiène alimentaire, je suis mon traitement à la lettre, j’ai un suivi régulier en diabétologie et je sais que ça va bien se passer.



J’en terminerai avec des chiffres. Plus de 6% de la population belge est diabétique. Mais comme je vous l’ai dit, c’est une maladie invisible, il est donc important de faire un bilan sanguin régulièrement. Une alimentation équilibrée et une activité sportive peuvent retarder l’apparition de la maladie si vous êtes à risque. Et soyez attentifs car les glucides sont partout.


Vous trouverez plus de renseignements sur le site Sciensano. Des trucs et astuces, et témoignages sont disponibles sur le blog Diabète drôle de bête.


Prenez soin de vous.



Deborah Dubois