Surmonter un deuil et réapprendre à vivre



Épreuve. Le deuil fait partie de la vie. Pourtant, on se sent démuni dans cette expérience de la perte. Pour en sortir, il est vital de se ressourcer, lâcher prise, pardonner et consentir. Comment retrouver une paix intérieure et donner un autre sens à sa vie ? 




Nous avons tous, ou presque, des deuils non faits qui se sont accumulés au fil du temps. Ils concernent aussi bien la mort d’un être cher qu’une rupture amoureuse, la perte d’un ami, de son pays, de sa maison, d’un emploi ou d’une entreprise, une mise à la retraite ou la fin d’un idéal professionnel ; ou bien la perte d’une partie de son corps due à la maladie ou à la suite d’un accident ; ou encore la disparition de son animal de compagnie. Dans tous ces cas, qui sont autant de traumatismes, nous perdons notre sécurité de base, nos rapports au monde changent et deviennent fragiles. Ces pertes dont le deuil n’a pas été fait, nous les « ruminons ». Elles nous empêchent de vivre. Or, plus on travaille ce vaste thème, mieux on arrive à « sortir » du deuil. Sans ce travail, nous ne cessons pas de trouver inacceptable ce qui nous est arrivé. Il vaut mieux pourtant, un jour ou l’autre, affronter son chagrin et surmonter des pertes qui, ne l’oublions pas, sont inévitables dans la vie de tout être humain, ou des changements auxquels nous sommes obligés, que nous le voulions ou non, de nous adapter. Il serait dommage d’en tomber malade, voire de s’en laisser mourir.


Retrouver les rites 


Jadis, nous avions des rites réparateurs de séparation et de deuil : les parents, amis, voisins venaient veiller le mort et lui dire au revoir. Il y avait les vêtements noirs, les fleurs et couronnes, les prières, les adieux, l’enterrement, une cérémonie, etc. Aujourd’hui, on nous apprend la maîtrise de soi, la réserve, à souffrir en silence et à ne pas le montrer. Ce qu’on « rentre » ainsi, « ressort » hélas souvent de façon psychosomatique. Troubles physiques occasionnés par des facteurs émotionnels et affectifs : on tombe malade parfois, et l’on meurt encore de chagrin, faute d’avoir pu exprimer celui-ci ou d’avoir appris à revivre « sans ». On nous apprend à gagner, mais on ne nous apprend pas à perdre. Or la vie est une succession de changements et de pertes.


La Perte


Perdre un parent ou un ami, c’est perdre la référence à son passé. La mort d’un enfant, c’est la perte du futur, d’un projet de vie, d’un avenir, du pourquoi de la vie. Elle est particulièrement douloureuse, parce qu’elle est contraire aux lois naturelles de la succession des générations. On « saigne des tripes », et l’on reste avec un surplus d’amour qui ne sera pas donné, de tant de liens qui ne seront jamais tissés. Toute perte affective, tout deuil est un choc qui fait que « le sel perd sa saveur » et le monde ses couleurs ; l’envie de vivre, de travailler s’étiole, s’assombrit. Comme si, pour certains, le temps se fixait, se figeait, et qu’un « ressassement » débutait, une « rumination triste » et souvent sans fin, provoquant une diminution de l’élan vital. Le travail de deuil est si long et si douloureux, que l’on cherche mille façons d’éviter cette souffrance pour ne pas avoir à affronter une réalité trop dure, « invivable », et avoir moins mal… Parmi ceux qui refusent d’affronter la réalité de la perte, beaucoup reviennent sans arrêt sur tout ce qui aurait pu être dit et surtout sur ce qui n’a pas été fait : « J’aurais pu faire ou dire ceci ou cela. »


Se faire aider


La gestion du deuil est d’autant plus difficile que nous ne sommes pas formés à gérer nos émotions et que l’on n’enseigne pas aux médecins la dimension émotionnelle. Le travail du deuil est inconscient, donc non volontaire. Cependant un travail conscient est possible, à condition d’aller voir un spécialiste pour se faire aider ou accompagner : un prêtre, un conseiller, un psychothérapeute, un coach formés à ce type de situation. Le travail de deuil est nécessaire pour l’équilibre et la santé de toute personne, comme le savaient les Anciens. Comme on ne peut pas faire l’impasse de ce travail, il vaut mieux l’affronter, s’éviter et éviter aux autres les conséquences souvent dramatiques de la « déprime », du « mur de silence », des accidents, des maladies, en travaillant les étapes de la perte et du deuil. Remarquons que certains veufs(ves) ou parents tiennent à garder le souvenir vivant et pensent le faire en refusant de faire le travail du deuil pour ne pas oublier (si tant est que ce soit une décision consciente plutôt qu’inconsciente)


Les étapes du deuil


Le deuil devient un travail psychique, lequel passe par des étapes : choc et sidération ; déni ; colère ; peur, dépression ; tristesse ; acceptation ; pardon ; quête du sens et renouveau ; sérénité et paix retrouvée. Elles ne se succèdent pas nécessairement : elles peuvent se chevaucher ou opérer des allers-retours. Ce chagrin, il faut le vivre jusqu’au bout, car ensuite, lorsque la perte est perçue réellement, l’absence s’accepte, le travail de deuil peut se faire et la remontée vers la vie peut commencer. Pour un certain nombre de spécialistes, la sortie du deuil se perçoit par une vraie acceptation de la situation : « Je suis triste. Ce qui me manque me manque, mais je peux vivre et en parler ou pas et accepter de vivre différemment. » Même si la société nous presse d’en finir rapidement avec lui, chacun fait son deuil à sa manière, vit sa vie et ses sentiments à un rythme qui lui est propre. Le deuil nécessite un travail particulier et douloureux, pénible et long, mais au terme duquel on peut, non pas survivre avec l’inacceptable inaccepté, mais vivre. Pour la plupart des gens, le temps de maturation est d’une à trois années. C’est un minimum. Il n’y a pas d’âge pour faire son deuil. Mieux vaut affronter cette souffrance tardivement, même vingt ou trente ans après l’événement, que jamais. L’expérience montre que si l’on est incapable ou si l’on refuse de faire son deuil, on transmet sa souffrance et ses problèmes à ses descendants.

Si l’on parvient à faire le travail de deuil, on s’ouvre aux souffrances d’autrui, on devient riche de liens nouveaux et de découvertes qui, autrement n’auraient sans doute jamais existé.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix



Évelyne Bissone Jeufroy,



psychologue et coach spécialisée dans l’accompagnement de personnes lors d’une difficulté passagère ou d’une réorientation de vie. Avec Anne Ancelin Schützenberger, elle est l’auteur de Sortir du deuil, surmonter son chagrin et réapprendre à vivre, Petite Bibliothèque Payot, 2008.




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